• Le musée idéal : les chevaux de Franz Marc

    J'aime l'oeuvre de Franz Marc, peintre expressionniste allemand du début du 20e siècle. Cette oeuvre très attachante, peuplée d'animaux bienveillants, a été interrompue brutalement par la mort de Franz Marc sur le Front, à Verdun, le 4 mars 1916. 

     

     

     

    Malgré sa fin précoce, il a produit une oeuvre abondante, que l'on peut regrouper en trois périodes, qui se succèdent sans marquer de rupture : avant 1911 une période figurative impressionniste, influencée par Van Gogh et Gauguin ; en 1911, date de la création avec Kandinsky du mouvement der blaue Reiter,  commence une période expressionniste, avec une peinture plus subjective, encore apparentée au fauvisme, employant des couleurs primaires intenses ; à partir de 1912, une peinture qui évolue vers l'abstraction, avec des lignes plus géométriques, inspirée du cubisme français et du futurisme italien. 

    Franz Marc est une figure centrale de l'expressionnisme allemand :

    L'art n'est rien d'autre que l'expression de notre rêve : plus nous nous abandonnons à elle, plus on se rapproche de la vérité intérieure des choses, notre rêve de vie, la vraie vie méprise les questions et ne les voit pas. 

    Au centre de cette oeuvre, essentiellement des animaux, et principalement des chevaux, qu'il représente avec beaucoup d'amour et une infinie douceur. 

    Franz Marc peint la force vitale de la nature. Il associe à l’animal des qualités de bonté, d'innocence, de beauté, de vérité. Il le représente évoluant dans son espace vital, moyennant une simplification formelle et chromatique. Sa peinture cherche à rendre la façon dont l'animal perçoit le monde :

    Quelle vision un cheval a-t-il du monde ? [...] Quel aspect misérable et quelle absence totale d'âme a notre propre convention qui consiste à placer les animaux dans un paysage appartenant à note propre vision des choses, au lieu de nous plonger dans l'âme du monde animal afin de deviner son domaine d'images.

    J'ai choisi pour prendre place dans mon musée idéal, entre les plus belles toiles de Franz Marc, deux tableaux très ressemblants, que j'ai du mal à départager. 

    Le musée idéal : les chevaux bleus et les chevaux jaunes de Franz Marc

    Franz Marc Die kleinen blauen Pferde 1911

    Staatsgalerie, collection Lütze, Stuttgart

     

    Le musée idéal : les chevaux bleus et les chevaux jaunes de Franz Marc

    Franz Marc Die kleinen gelben Pferde 1912

    Staatsgalerie, Stuttgart

    La composition des deux toiles, Les petits chevaux bleus et Les petits chevaux jaunes, est quasi identique : trois chevaux, tout en courbes et en rondeurs, serrés les uns contre les autres sur fond de paysage réduit à quelques courbes colorées. Les chevaux ne regardent pas vers nous : l'un a le regard perdu dans l'espace, on aperçoit seulement les yeux en amande des deux autres, aux encolures ployées avec grâce. 

    Les courbes des croupes, des encolures, des crinières et des collines forment des enlacements exprimant la symbiose entre les animaux et leur espace. 

    Les différences essentielles entre les tableaux résident dans le choix des couleurs. Il semble que Franz Marc ait attribué une valeur émotionnelle aux couleurs qu'il employait : 

    Le bleu est le principe mâle, sévère et spirituel. Le jaune est le principe féminin, doux, joyeux et sensuel. Le rouge est matière, brutale et lourde et toujours la couleur qui doit être combattue et vaincue par les deux autres. 

    Selon ce code, Les petits chevaux bleus exprimeraient une spiritualité masculine et Les petits chevaux jaunes une sensualité féminine.

    Les petits chevaux bleus nous offrent une palette saturée de couleurs improbables, avec le bleu électrique des robes des chevaux, et l'horizon de collines rouges et vertes. Les crinières et les queues noires accentuent les courbes. Les robes des chevaux évoquent les couleurs et la lumière d'un ciel d'orage. 

    Les petits chevaux jaunes proposent une palette plus familière. Les robes sont couleur d'or chaud, d'un jaune presque orangé. Un bleu plus doux que dans Les petits chevaux bleus domine le paysage.
    Les formes sont moins  simplifiées dans Les petits chevaux jaunes : les yeux des chevaux, leurs jambes, sont plus dessinés. Le paysage laisse deviner la silhouette d'une ferme blanche avec son toit rougeâtre. Enfin des nuages blancs pommelés flottent au lointain, nuées réduites à de simples aplats dans Les petits chevaux bleus.

     

     

     


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