• La forêt des géants

    Ruth est l'auteure et la narratrice de En même temps, toute la terre et tout le ciel (Belfond 2013). Elle vit avec son mari Oliver, écologiste, artiste paysagiste, botaniste expérimental..., sur l'île Cortes, dans la baie Désolation, en Colombie britannique.

    Elle évoque le paysage qui l'entoure, une forêt qui envahit l'espace et ferme l'horizon. 
    Elle décrit une forêt étouffante, qui avance inexorablement.

    La forêt pluviale

    Nous sommes au cœur d'une Rain Forest, une forêt pluviale, en l'occurrence la forêt pluviale côtière du Canada, ou Coastal Western Hemlock biogeoclimatic zone, qui occupe une bande étroite le long de la côte du Pacifique, de l'Alaska à la Californie. Il s'agit d'une forêt pluviale tempérée. A ne pas confondre avec les forêts pluviales tropicales. Celle-ci est particulièrement riche en conifères. C'est l'une des forêts les plus humides au monde. On y relève un très fort taux de précipitations (il pleut environ 300 jours par an !) : 25 % des forêts pluviales tempérées du monde se trouvent en Colombie-britannique ; 1,5 à 3,5 m. de pluie y tombent chaque année, en particulier durant l'hiver, qui est doux. 

    La forêt des géants 

    La Colombie britannique : la forêt pluviale occupe la côte pacifique

    Ceci explique la densité de la forêt. Seules quelques espèces d'arbres peuvent pousser dans la forêt pluviale côtière, des arbres dont les graines sont capables de se régénérer malgré la faible lumière sous le couvert forestier, qui est élevé. La forêt se compose de nombreux conifères, tels  la pruche de l’Ouest, le cyprès jaune, le thuya géant, le douglas de Menzies, le sapin gracieux et l’épinette de Sitka, qui demeurent verts, ce qui leur permet d’effectuer leur photosynthèse toute l'année. Ces arbres sont souvent couverts de mousses, de bryophytes, de lichens. Plus de la moitié de la forêt pluviale côtière est constituée de forêts anciennes, avec de grands arbres âgés de plus de 250 ans.

    Des arbres gigantesques

    Ruth, qui arrive tout droit de New York, se sent proprement écrasée par les arbres géants qui les entourent, pourtant plus petits que les gratte-ciel qu'elle a quittés ! 

    Leur petite maison à Whaletown était située dans une clairière, au cœur d'une dense forêt pluviale. [...] Des douglas massifs, des cèdres rouges et des érables d'Oregon l'encerclaient de toute part, réduisant n'importe quel être humain à la taille d'un nain.  La première fois que Ruth avait vu ces arbres, elle en avait pleuré. Ils s'élevaient tout autour d'elle, êtres-temps ancestraux, culminant à trente, quarante mètres au-dessus de sa tête. Avec son mètre soixante-sept, elle ne s'était jamais sentie aussi minuscule.

    "On n'est rien, avait-elle dit en séchant ses larmes. A peine présents.

    - Oui, c'est formidable, tu ne trouves pas ? Ces arbres, eux, sont ici depuis la nuit des temps. Vieux de plusieurs siècles."

    Elle s'était appuyée contre Oliver, la tête levée pour regarder la cime des arbres transpercer le ciel.

    "Comment peut-on culminer aussi haut ? C'est impossible.

    - Pas impossible, avait-il répondu en la soutenant. Ce n'est qu'une question de perspective. Si tu étais cet arbre, là, je ne t'arriverais pas à la cheville."

    Douglas

    Le sapin de Douglas, ou simplement douglasest aussi appelé pin d'Orégon en Amérique. Ce n'est pourtant ni un pin, ni un sapin. Il est originaire de toute la côte ouest de l'Amérique du nord, de la Californie à la Colombie britannique. Il apprécie les sols humides et supporte mal la sécheresse. Au Canada, il atteint fréquemment 75 m de hauteur, mais peut aller jusqu'à 90 m de hauteur.

    De croissance rapide et imputrescible à coeur, il fournit un bois d'oeuvre important en Amérique du nord, notamment du bois de charpente.

    On a largement recours à ce géant à croissance très rapide pour le reboisement en Europe où il a été introduit au 19e siècle. Les plantations en France sont importantes, représentant la moitié du peuplement européen. Il fournit du bois de charpente, du bois de menuiserie, extérieure ou intérieure, du bois pour les parquets...

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    Les douglas dans un reboisement en France : ils dépassent rapidement les arbres voisins

    Les douglas des Millevaches

    En Creuse, sur le plateau de Millevaches, les douglas remplacent peu à peu les feuillus, mais également les plantations d'épicéas. Pour les sylviculteurs, les feuillus n'offrent plus les débouchés traditionnels vers la tonnellerie ou les traverses de chemin de fer. Les douglas laissent espérer une rentabilité bien supérieure à celle des épicéas qui ont été plantés il y a une cinquantaine d'années et qui arrivent sur le marché. 

    J'ai entendu raconter en Creuse qu'avec l'arrivée des douglas, les écureuils auraient proliféré, abîmant les arbres. Pour lutter contre cette invasion, on aurait introduit un prédateur de l'écureuil, la martre. Et les martres auraient elles-mêmes introduit leur propre parasite, la tique, qui devient aujourd'hui un fléau.

    Info ou intox ? Malgré mes recherches, je n'ai pas pu vérifier cette information sur l'internet.

    Je suppose que l'écureuil incriminé n'est pas notre écureuil roux indigène, qui est une espèce menacée et protégée en Europe, peu susceptible de représenter actuellement un fléau.

    La forêt des géants

     

    L'écureuil roux ne dédaigne pas de lécher un cône de temps en temps

    Il pourrait s'agir de l'écureuil gris. L'écureuil gris (Sciurus carolinensis) est commun dans l'Est de l'Amérique du Nord. On l'a introduit comme animal d'ornement en Angleterre au début du 20e siècle. Grosse erreur : il est devenu invasif. A cause de lui, l'écureuil roux a quasiment disparu de Grande-Bretagne. L'écureuil gris a fait également son apparition en Italie, où il commence à poser des problèmes importants. L'écureuil gris provoque des dégâts en écorçant les arbres, pour consommer leur sève. Les arbres attaqués dépérissent. Curieusement, les écureuils gris ne posent pas les mêmes problèmes en Amérique du nord. Il semble que leur comportement ait évolué depuis leur arrivée en Europe, où ils se sont mis à écorcer les arbres.

    Sur internet, je n'ai pas trouvé trace de la présence de l'écureuil gris en France à ce jour, même si son arrivée prochaine paraît inéluctable. 

    S'agit-il de l’écureuil à ventre rouge, ou écureuil de Pallas, originaire d'Asie, qui s'est installé dans les Alpes-Maritimes suite à des relâchés sauvages ? Il cause également beaucoup de dégâts et semble être un autre compétiteur de l’écureuil roux. Mais la population semble circonscrite à ce jour.

    La forêt des géants

    L'écureuil de Pallas

    Voilà pour les écureuils.

    Quant à la martre des pins, ou plus simplement martre, c'est un gracieux mustélidé brun avec une bavette jaune clair ou blanchâtre. Elle est naturellement répandue sur tout le continent eurasien, dans les zones de forêts mixtes ou de conifères. C'est une espèce indigène, qui n'a pas été 'introduite'. Elle se nourrit de petits rongeurs, d'oiseaux, d'insectes, et de fruits. Ce n'est qu'exceptionnellement qu'elle s'attaque aux lapins ou aux écureuils. Bien qu'elle soit discrète et plutôt en régression, compte tenu du recul et du morcellement des zones d'habitat, elle est considérée comme nuisible dans certains départements. 

    La forêt des géants

    La martre des pins grimpe bien aux arbres

    Là non plus, je n'ai pas trouvé d'information sur d'éventuels "lâchers" de martres pour lutter contre les écureuils.

    A suivre... 

    Cèdre rouge

    Il s'agit du red cedar, ou thuya géant. Cette espèce est originaire de l'ouest de l'Amérique du nord, du sud de l'Alaska et de la Colombie britannique au nord de la Californie, comme le douglas auquel il est souvent associé. Il pousse dans des forêts denses, mais aussi au bord des cours d'eau et dans les zones marécageuses.  Il apprécie l'ombre, et peut donc croître à l'ombre d'autres arbres.

    L'espèce a été introduite dans toutes les régions tempérées, notamment dans l'est des États-Unis, en Europe occidentale, en Australie et en Nouvelle-Zélande.

    Les Indiens de la Rain Forest

    Le red cedar, un thuya, et le yellow cedar, un cyprès, occupent une place importante dans la civilisation des Indiens de la Rain Forest de la côte ouest de l'Amérique du Nord. En particulier, les tribus indiennes du nord-ouest fabriquaient des pirogues monoxyles, c'est-à-dire taillées dans un seul morceau de bois, en l'occurrence des troncs de thuya ou de cyprès, qu'ils décoraient. Le bois de ces arbres leur servaient également à bâtir leurs maisons, ériger leurs totems, sculpter leurs masques, fabriquer leurs coffres. Avec l'écorce, taillée en lanières, ils tressaient des paniers, des pèlerines de pluie, des bâches.

    Des arbres préhistoriques

    15 ans plus tard, la forêt naturelle qui encerclait Ruth a poursuivi sa progression, au point de boucher la seule perspective sur la mer depuis la maison.

    Et voilà qu'Oliver encourage ce foisonnement naturel en installant une nouvelle forêt, une forêt d'arbres ancestraux, autres géants.

    Résolument tourné vers l'avenir, [Oliver] anticipait les effets du réchauffement climatique sur les arbres primaires et travaillait à la création d'un échantillon de forêt adapté aux changements dans une clairière d'une centaine d'hectares qui appartenait à un ami botaniste. Il y plantait les espèces les plus anciennes - métaséquoias, séquoias géants, séquoias à feuilles d'if, juglandacées, ulmacées et ginkgos -, qui existaient déjà à l'éocène supérieur, près de cinquante-cinq millions d'années auparavant. 

    "Imagine, disait-il. Des palmiers et des alligators partout en Alaska !"

    C'était là sa dernière oeuvre, une intervention botanique intitulée Néo-Éocène. Il la décrivait comme une collaboration entre le temps et un lieu que ni lui ni aucun de ses contemporains ne verrait jamais, mais Oliver s'était fait une raison. De nature patiente, il acceptait volontiers sa condition de mammifère éphémère se frayant un chemin parmi les racines des géants.

    Métaséquoias et séquoias

    Le métaséquoïa de Chine est un grand arbre, à croissance très rapide, puisqu'il peut grandir d'un mètre par an et atteindre 60 mètres de hauteur.

    Alors qu'on croyait son espèce disparue depuis l'ère tertiaire, il a été découvert en Chine en 1943.  C'est l'unique espèce vivante du genre Metasequoia, dont l'origine remonte au moins au Pliocène (c'est-à-dire il y a 2 à 5 millions d'années !).  Il s'agit donc d'un fossile vivant, comme le ginkgo. Comme celui-ci, il doit sa survie à sa grande faculté d'adaptation.

    Comme le mélèze et le cyprès chauve, c'est un conifère à feuillage caduc. Il prend une belle couleur rouge cuivrée à l'automne. Depuis sa découverte, il a été multiplié dans les jardins botaniques et est présent aujourd'hui dans les parcs du monde entier.

    Le séquoia géant et le séquoia à feuilles d'if sont deux espèces de conifères appartenant à deux genres différents, appartenant tous deux à l'ancienne famille des Taxodiacées, englobée aujourd'hui dans les Cupressacées.

    Une forêt de géants

    Séquoias au Sequoia National Park (Californie) : des arbres impressionnants

    Sequoiadendron giganteum, ou Séquoia géant, n'atteint que 80 mètres de hauteur en moyenne mais son diamètre peut dépasser dix mètres. L'arbre est originaire de la Sierra Nevada. Le séquoia surnommé actuellement Général Sherman (mais qui a porté le nom de Karl Marx !), en Californie, est l'arbre le plus volumineux, l'organisme vivant le plus imposant que l'on connaisse : le volume du bois de son tronc mesure 1 486 m³. Le séquoia géant jouit par ailleurs d'une belle longévité de plusieurs milliers d'années : le plus âgé, dont l'âge estimé est de 3 200 ans, est nommé le Président (il s'agit d'un hommage au président des Etats-Unis Harding). Il est situé, bien sûr, en Californie.

    Sequoia sempervirens (Lamb. ex D. Don) Endl, le séquoia à feuille d'if ou séquoia toujours vert, peut mesurer plus de 100 mètres de hauteur pour un diamètre approchant huit mètres. Le séquoia baptisé Hyperion,en Californie du nord, mesurant 115,55 mètres, est l'arbre le plus haut du monde. Ces arbres sont originaires des forêts côtières du nord-est de la Californie.

    L'ombre du noyer

    Avec les juglandacées, nous retrouvons des arbres plus familiers de nos contrées. Il s'agit de la famille botanique des noyers et des caryers. En fait, le noyer est le seul représentant de cette vaste famille qui pousse en France. Les caryers ou hickorys donnent les noix de pécan.

    Saviez-vous que les feuilles de noyers européens sécrétaient une toxine, la juglone, qui, lessivée par la pluie, pénétrerait dans le sol à l’aplomb du cimier de l’arbre et agirait comme un herbicide, limitant la concurrence par les autres espèces végétales ? C'est du moins ce qu'allèguent plusieurs sites, notamment le site ecosystemes.  

    Le juglone serait aussi un allergène puissant. C'est pour cela qu'il vaudrait mieux éviter de s'abriter de la pluie sous un noyer.  

    Est-ce pour cette raison que l'on dit que l'ombre du noyer est mortelle ? 

    Cette histoire d'effets dévastateurs de la juglone est cependant bien souvent mise en doute et appartiendrait au domaine des légendes. Certains expliquent la réputation de morbidité de l'ombre du noyer par l'épaisseur de son feuillage, cause de refroidissements...  D'autres disent que c'était pour dissuader les fainéants de faire la sieste que les anciens les menaçaient des effets de l'ombre du noyer ! Explications un peu laborieuses à mon goût et peu convaincantes.

    Ulmacées

    Avec les ulmacées, nous avons affaire à des arbres 'bien de chez nous'. Il s'agit de la famille des ormes, qui compte près de 200 espèces réparties en une quinzaine de genres, très largement répandues entre zones tempérées et zones tropicales. Le micocoulier de Provence appartient à la même famille.

    Depuis quelques années, les ormes sont attaqués par une maladie cryptogamique, la graphiose de l'orme. La graphiose est arrivée en Europe vers 1919. Elle s'est propagée en Amérique en 1928, où elle a détruit de grandes zones de peuplement de l'orme. Elle n'a atteint les ormes de la région parisienne qu'à la fin des années 1970, mais n'a laissé que 3% des ormes survivants. 

     

     


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