• La boutique d'un drapier à York

    Robinson Crusoé, seul sur son île, se souvient avec nostalgie de son enfance et de la boutique de son père, marchand de tissus à York au 18e siècle.

     

    Il retrouvait les heures feutrées qu'il avait passées, enfant, tapi au fond du sombre magasin de laines et cotonnades en gros de son père. Les rouleaux de tissu entassés formaient autour de lui comme une forteresse molle qui buvait indistinctement les bruits, les lumières, les chocs et les courants d'air. Dans cette atmosphère confinée flottait une odeur immuable de suit, de poussière et de vernis à laquelle s'ajoutait celle du benjoin dont usait en toute saison le père Crusoé pour combattre un rhume inextinguible. A ce petit homme timide et frileux, toujours perché sur son très haut pupitre ou inclinant ses lorgnons sur un livre de comptes, Robinson pensait ne devoir que ses cheveux rouges, et tenir le reste de sa mère, qui était une maîtresse femme. La souille, en lui révélant ses propres facultés de repliement sur lui-même et de démission en face du monde extérieur, lui apprit qu'il était, davantage qu'il n'avait cru, le fils du petit drapier d'York.

    Michel Tourner Vendredi ou les limbes du Pacifique

    La boutique d'un drapier à York 

    Giovanni Battista Lampi  Giovanni Battista Rensi, marchand de tissus 1780

    coll. particulière

    Contrairement au roman de Michel Tournier, le Robinson Crusoé de Daniel De Foë, dont Tournier s'est bien entendu inspiré, se passe au 17e siècle. Le père de Robinson n'est peut-être pas drapier. On sait seulement de lui qu'il est originaire de Brême et qu'il s'est enrichi dans le commerce dans la ville portuaire de Hull, avant de se retirer à York.


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :