• Dîner littéraire

    Un questionnaire amusant court dans de nombreux blogs littéraires. Il a été traduit de l'anglais, et à mon avis, pas très bien, mais je ne connais pas le texte original. 

    Il s'agit d'organiser un dîner littéraire dont les 11 convives seraient des personnages de livres. 

    Je ne résiste pas au plaisir de répondre aux questions. C'est un bon petit remue-méninges.

    De prime abord, j'ai pensé à des personnages "incarnés", à des personnages de cinéma ou de théâtre. Il est en effet difficile d'imaginer des invités à un repas qui ne seraient pas tangibles. Les réponses à ce questionnaire méritent un peu de réflexion pour retrouver les personnages croisés au cours de nos lectures les plus pertinents. 

     

    Attention, des critères de choix sont imposés :

    1. Un personnage qui sait ou aime cuisiner :

    Je rencontre déjà quelques difficultés pour me décider :

    J'ai pensé d'abord à Ragueneau,  « le pâtissier des comédiens et des poètes », mis en scène par Edmond Rostand dans Cyrano de Bergerac. Avant d'être un personnage littéraire, Ragueneau est un personnage historique, pâtissier, traiteur et rôtisseur, qui tenait une auberge rue Saint-Honoré. Il était connu pour ses pâtés de viande et de poissons, appréciés notamment par Richelieu. Il est surtout connu pour avoir inventé la tartelette amandine, mise en vers par Rostand :

    -Battez, pour qu’ils soient mousseux,
    - Quelques œufs ;
    - Incorporez à leur mousse
    – Un jus de cédrat choisi ;
    - Versez-y
    – Un bon lait d’amandes douces ;
    - Mettez de la pâte à flanc
    – dans le flanc
    - De moules à tartelette ;
    - D’un doigt preste, abricotez
    – Les côtés ;
    - Versez goutte à gouttelette
    – Votre mousse en ces puits, puis
    – Que ces puits
    – Passent au four, et blondinent,
    - Sortant en gais troupelets,
    - Ce sont les tartelettes amandines !

    Il paraît que Ragueneau est mort dans la misère, après avoir été moucheur de chandelles dans la troupe de Molière pour laquelle il avait quitté son auberge !

    J'ai pensé ensuite à Babette, héroïne du Festin de Babette. C'est un peu triché, parce que, même si Babette est bien un personnage de roman, je ne la connais moi-même qu'à travers le film danois de Gabriel Axel, où elle est incarnée par Stéphane Audran.  La source est une nouvelle de Karen Blixen, dans le recueil Anecdotes du destin. Ancienne cuisinière d'un grand restaurant parisien, Babette s'est réfugiée, après la Commune de Paris, dans un village danois austère. Ayant gagné à la loterie, elle consacre le montant de ses gains à concocter un grand repas pour les habitants de son village.
    Voici le menu de ce luxueux et généreux banquet (source wikipedia) :

    Plats

    • Soupe de tortue géante
    • Blinis Demidoff (blinis au caviar et à la crème)
    • Cailles en sarcophage au foie gras et sauce aux truffes
    • Salade d’endives aux noix
    • Fromages
    • savarin et salade de fruits glacés
    • Fruits frais (raisins, figues, ananas...)
    Vins
    • Xérès amontillado avec la soupe
    • Champagne Veuve Clicquot 1860, accompagne les blinis
    • Clos de Vougeot 1845 avec cailles et fromages
    • Fine Champagne
    Eau avec les fruits
    Café accompagné de baba au rhum

    Décidément, Babette l'emporte dans le match Ragueneau vs Babette. 

    2. Un personnage qui finance la soirée :

    J'écarte d'emblée la solution "Gatsby le Magnifique". Certes, voilà quelqu'un de riche, qui tient table et bourse ouvertes pour ses invités. Mais ce milieu est tellement négatif, où les parasites ingrats s'échappent comme une volée de moineaux.

    Je choisis donc : Simbad le Marin, l'un des avatars d'Edmond Dantès, le héros du Comte de Monte Cristo d'Alexandre Dumas. Simbad le Marin est fabuleusement riche, il est mystérieux et fascinant. Il me semble parfait pour l'emploi d'amphitryon. 

    Puisque j'y suis, autant choisir à qui mon nabab ressemblera : je l'imagine ayant les traits de Louis Jourdan, dans le film d'Autant-Lara de 1961. C'est cette version qui a touché mon enfance. Le beau et sévère Louis Jourdan a été un Monte Cristo autrement plus convaincant que Gérard Depardieu, un des derniers avatars de Monte Cristo.

    Alors qu'il n'est encore que Simbad le Marin, le futur comte de Monte Cristo reçoit de manière impromptue des hôtes dans son repaire de l'île de Monte Cristo. Cette description donnera une idée de la réception qui pourrait être organisée pour notre dîner littéraire  : 

    Franz marchait d’enchantements en enchantements, la table était splendidement servie. Une fois convaincu de ce point important, il porta les yeux autour de lui. La salle à manger était non moins splendide que le boudoir qu’il venait de quitter ; elle était tout en marbre avec des bas-reliefs antiques du plus grand prix, et aux deux extrémités de cette salle, qui était oblongue, deux magnifiques statues portaient des corbeilles sur leurs têtes. Ces corbeilles contenaient deux pyramides de fruits magnifiques ; c’étaient des ananas de Sicile, des grenades de Malaga, des oranges des îles Baléares, des pêches de France et des dattes de Tunis.

    Quant au souper, il se composait d’un faisan rôti entouré de merles de Corse, d’un jambon de sanglier à la gelée, d’un quartier de chevreau à la tartare, d’un turbot magnifique et d’une gigantesque langouste.

    Les intervalles des grands plats étaient remplis par de petits plats contenant les entremets.

    Les plats étaient en argent, les assiettes en porcelaine du Japon.

    3. Un personnage qui pourrait causer une scène

    La question est surprenante : qu'est-ce que cela veut-dire ? S'agit-il d'un personnage scandaleux ? colérique ? théâtral ?

    Je propose Falstaff, personnage de Shakespeare. Sir John Falstaff est un noble ruiné, compagnon de débauche du prince de Galles Henry de Lancastre, futur roi d'Angleterre sous le nom d'Henry V. Il apparaît dans une comédie : Les joyeuses commères de Windsor, et dans un drame historique : Henry IV.  Ce grand seigneur  truculent et effrayant tout à la fois pourrait bien répondre à la question posée. 

    Un dîner littéraire 

    Falstaff et son page, Adolph Schroedter, 1867 (wikipedia) 

    A la fin de la pièce Henry IV, le fils aîné du roi Henry IV accède au trône à la mort de son père. Dans le même temps, totalement investi de sa nouvelle dignité, il renonce totalement à sa vie dissolue et il rompt avec son passé. Ainsi, il rejette brusquement Falstaff, venu honorer son "doux enfant", et le fait jeter en prison :

    Je ne te connais pas, vieux homme. Mets-toi à tes prières ! Que les cheveux blancs vont mal à un fou et à un bouffon ! J'ai longtemps vu en rêve un homme de cette espèce, aussi gonflé d'orgie, aussi vieux et aussi profane. Mais, étant réveillé, je méprise mon rêve.

    4. Un personnage drôle ou amusant

    Peu inspirée a priori par cette catégorie, je me décide pour Le Chat de Philippe Geluck. Il me semble qu'il doit faire un convive spirituel, qui animera la conversation de fines remarques. 

     

    Dîner littéraire

     Le Chat n'est guère bavard, ses phrases sont brèves, mais toujours percutantes !  

    5. Un personnage sociable ou populaire

    Je propose Arsène Lupin, héros de Maurice Leblanc. Génial escroc, Arsène Lupin est tout à fait séduisant. Protéiforme, il revêt de multiples personnalités. Il peut être élégant et distingué (Raoul d'Andrésy, Horace Velmont, prince Sernine...) ou rustre et voyou (Sylvestre, Désiré Baudru...).

    Reste à savoir sous quels traits il assisterait au dîner. Parions qu'il porterait sa grande tenue : chapeau huit-reflets, habit de soirée, cape, monocle, canne à pommeau...

    C'est le plus grand des voleurs
    Oui mais c'est un gentleman
    Il s'empare de vos valeurs
    Sans vous menacer d'une arme
    Quand il détrousse une femme
    Il lui fait porter des fleurs
    Gentleman cambrioleur
    Est un grand seigneur.

    (Yves Dessca, Franck Harvel)

    6. Un vilain 

    Un vilain ? quelqu'un de laid ou un méchant ?

    Bien que je suppose qu'il s'agit sans doute d'un méchant, j'opte pour le vilain-laid : mon choix porte sur la Bête, de La Belle et la Bête, le célèbre conte de Mme Leprince de Beaumont. 

    La Bête est un prince victime d'un sortilège, condamné à vivre sous l'aspect d'un être monstrueux dans l'attente de l'amour d'une jeune fille. Non seulement la Bête est laide, mais elle n'a point d'esprit ! Elle est ainsi doublement bête, comme elle le reconnaît elle-même :

    outre que je suis laid, je n'ai point d'esprit : je sais bien que je ne suis qu'une bête.

    La version de Mme Leprince de Beaumont ne décrit malheureusement pas la Bête. Le lecteur n'a droit qu'à l'affirmation de sa laideur. A lui d'imaginer ce qui le rend repoussant.

    Belle a accepté de vivre dans le château de la Bête en échange de son père. Mais la Bête, qui se révèle bonne, la laisse partir, se condamnant ainsi à mort.

    Prise de remords et de pitié, Belle décide de revenir vers la Bête.

    Ne suis-je pas bien méchante, disait-elle, de donner du chagrin à une Bête, qui a pour moi tant de complaisance? Est-ce sa faute, si elle est si laide, et si elle a peu d'esprit ? Elle est bonne, cela vaut mieux que tout le reste. Pourquoi n'ai-je pas voulu l'épouser ? Je serais plus heureuse avec elle, que mes soeurs avec leurs maris. Ce n'est, ni la beauté, ni l'esprit d'un mari, qui rendent une femme contente : c'est la bonté du caractère, la vertu, la complaisance : et la Bête a toutes ces bonnes qualités. Je n'ai point d'amour pour elle ; mais j'ai de l'estime, de l'amitié, et de la reconnaissance.

    Après cette belle morale à l'adresse des épouses soumises, la Bête devient heureusement un beau jeune homme, prince par-dessus le marché, et plein d'esprit ! Ce qui fait que la Belle a gagné le jackpot. 

    En farfouillant sur internet, on découvre que Mme Leprince de Beaumont s'est inspirée, en le résumant drastiquement, d'un conte écrit par Mme de Villeneuve ; la description du monstre y est autrement plus figurative : 

    Le monstre se fit entendre. Un bruit effroyable, causé par le poids énorme de son corps, par le cliquetis terrible de ses écailles et par les hurlements affreux, annonça son arrivée. 

    Oui,  je pense que notre ami(e) la Bête pourrait faire un convive intéressant pour notre petit dîner. 

    7. Un couple (compte pour 2) pas forcément romantique

    J'avais pensé un instant proposer Hector et Ajax, mes héros de l'Iliade préférés. L'idée de les inviter tous les deux à mon dîner littéraire me plaisait. Il ne faut pas se méprendre sur le couple qu'ils étaient censés former, bien qu'ils soient Grecs. Ces deux personnages, que le sort (les dieux ?) a placés dans des camps ennemis, sont pourtant faits pour s'entendre. Combattants généreux et loyaux, ils sont confrontés en duel, mais dans l'impossibilité de se départager avant la nuit, ils doivent cesser le combat. Ajax et Hector conviennent alors de déclarer partie égale :

    Tous deux se sont battus pour la querelle qui dévore les cœurs et se sont séparés après avoir formé un amical accord" (Il., VII, 301-302).

    Ils s'échangent alors des cadeaux, comme deux adversaires qui s'apprécient et se respectent.

    En définitive, j'ai déplacé Hector dans la catégorie "héros" et Ajax dans la catégorie "personnage pas apprécié à sa juste valeur", où ils seront mieux à leur place, et ils pourront tout de même se retrouver au dîner !

    Mon choix porte finalement sur le couple romantique composé de Germain et Marie. Ils sont les touchants et sympathiques héros du roman de George Sand, La mare au diable

    Germain est un personnage attendrissant. A 28 ans, un âge avancé !, il est encore "le plus bel homme de l'endroit", avec

    le teint frais, l'oeil vif et bleu comme le ciel de mai, la bouche rose, les dents superbes, le corps élégant et souple comme celui d'un jeune cheval qui n'a pas encore quitté le pré.

    Bon laboureur, bon père, bon gendre, bon époux, il est paré de toutes les qualités. Mais Germain, veuf avec trois enfants, doit se remarier rapidement.  A contre-coeur, car Germain vit dans le souvenir douloureux de sa défunte épouse, il se met en chemin pour rencontrer la jeune veuve qu'on lui destine. Il fait route avec une jeune bergère de 16 ans qui part se louer, Marie à la mère Guillette. Marie est pauvre, mais travailleuse et affectueuse avec les enfants de Germain.

    Elle n'a pas beaucoup de couleur, mais elle a un petit visage frais comme une rose de buissons ! Quelle gentille bouche et quel mignon petit nez [...], faite comme une petite caille et légère comme un petit pinson.

    Les différences d'âge et de statut nous sont présentées comme des obstacles insurmontables à tout rapprochement. A d'autres ! Cela ne trompe personne et on sent bien dès le début que ces deux-là sont faits pour s'accorder à la fin. 

    Pas de surprise donc : le lent voyage à cheval à travers la lande et la forêt mystérieuse, la nuit près de la Mare au Diable, rapprochent irrémédiablement ces deux êtres. 

    Bref, Germain renonce à la veuve coquette, Marie quitte son patron concupiscent. Et ils finissent par se déclarer mutuellement leur amour. 

    8. Un héros ou une héroïne 

    S'agit-il d'un héros en tant que personnage central d'une fiction, ou d'un héros légendaire et courageux, au sens héroïque du terme ? 

    Spontanément, je pense d'abord au héros légendaire. Ayant renoncé à placer Hector dans la catégorie "couple", je le recase aisément dans la catégorie "héros".

    Hector, fils de Priam, est le meilleur guerrier des Troyens, et peut-être tout simplement le meilleur Troyen. Hector est un fils obéissant, un citoyen idéal, un époux attentionné, un père attentif.  Il aurait dû être vainqueur d'Achille lors de leur premier combat singulier, si Athéna et Apollon ne s'en étaient pas mêlés pour favoriser injustement Achille, et le cours de l'Iliade en aurait été changé ! 

    Odieusement traité par Achille, qui le tue lors d'un deuxième combat et ne respecte pas sa dépouille, il inspire la pitié, après avoir inspiré l'admiration.

    Le héros de l'Iliade n'est peut-être pas finalement Achille le coléreux, mais bien Hector ! L'Iliade s'achève en effet sur les funérailles d'Hector. Voici le dernier vers :

     Ὣς οἵ γ’ ἀμφίεπον τάφον Ἕκτορος ἱπποδάμοιο.
    C'est ainsi que fut honoré Hector aux bons chevaux.

    (trad. Frédéric Mugler)

    Mais si le héros recherché était le personnage principal d'un roman ? et si c'était une héroïne ? Après tout, mon dîner manque de femmes !
    Faute d'Hector, j'aurais pu choisir Prue, héroïne du roman de Mary Webb Sarn (le titre original, bien meilleur, est Precious bane, mots tirés du poème Paradise lost de Milton). C'est un roman poétique, dont la lecture m'avait enchantée, adolescente.

    Prue Sarn est une sorte de double de l'auteure. Marquée d'un bec de lièvre, marque diabolique, parce que le lièvre a croisé le chemin de sa mère enceinte, Prue semble condamnée à ne jamais se marier. Elle considère sa disgrâce comme un fardeau précieux (precious bane), qui doit la rendre meilleure. 

    Heureusement, le beau et bon tisserand Kester Woodseaves l'arrache à la foule des villageois qui veut la noyer comme sorcière. Happy end !

    -J'ai choisi mon paradis. Il est sur ta poitrine, ma chère promise. 
    Et à ces mots, il pencha vers moi sa belle tête et me baisa sur les lèvres.

    Snif !

    9. Un personnage qui n'est pas apprécié à sa juste valeur 

    Je choisis Ajax, personnage que j'apprécie beaucoup, mais qui n'a pas une excellente réputation, d'autant que son nom est malencontreusement généralement associé à une marque de détergent, ce qui le rend ridicule ! 

    Ajax le Grand, fils de Télamon, roi de Salamine, ne doit pas être confondu avec Ajax le Petit, fils d'Oïlée. Ce héros grec apparaît tout d'abord dans l'Iliade. Homère le surnomme "le rempart des Achéens", à cause de sa stature et de son courage invincible. Jamais blessé au combat, il est également le seul Grec à ne jamais recevoir l'assistance d'un dieu. Voilà un élément qui le rend déjà sympathique à mes yeux, car Ajax "ne triche pas". C'est à sa valeur seule qu'il doit ses succès, et non à ces coups de pouce donnés par les dieux qui pèsent sur le destin des hommes. 

    Autre trait sympathique : Ajax est comparable en valeur à Hector. Et j'admire Hector (voir plus haut). 

    Troisième trait positif : Ajax est le rival, parmi les Grecs, d'Ulysse, que je n'aime pas : autant Ulysse est machiavélique, autant Ajax est droit. Et celui-ci est son rival malheureux. Ulysse et Ajax se disputent les armes d'Achille, mais la préférence est donnée à Ulysse. Devenu fou de rage, Ajax massacre un troupeau de moutons en croyant tuer les chefs grecs ! Revenu de sa folie, il se transperce avec l'épée qu'il avait reçue d'Hector.

    C'est malheureusement cette dernière  image négative qu'il laisse dans la tradition, celle d'un fou meurtrier. Quel dommage ! Il ne mérite pourtant pas cette réputation.

    Ajax est également le héros de la tragédie éponyme de Sophocle. La situation diffère peu de celle de l'Iliade. L'action se situe après que les armes d'Achille ont été attribuées à Ulysse, alors qu'Ajax les revendiquait. Ajax, aveuglé par Athéna, massacre le bétail, croyant tuer Ulysse et les chefs des Achéens. Revenu à la raison, rempli de honte, il finit par se suicider à l'aide de l'épée donnée par Hector. Ce qui rend le personnage attachant est précisément sa volonté d'échapper à la force de l'intervention divine et de ne devoir la gloire qu'à sa seule force :

    Avec les dieux, un lâche même peut obtenir la victoire ; moi je me flatte, sans leur aide, d'obtenir cette gloire.

    Mais en rejetant ainsi la puissance divine, il a fait montre d'hybris, c'est-à-dire de démesure, ce que les Grecs anciens détestaient. Aussi reçoit-il, de façon sans doute morale, la punition de son orgueil et de son irrévérence envers les dieux : c'est précisément l'intervention divine d'Athéna, que, paradoxalement, il rejetait, qui lui envoie son châtiment.  Et Athéna se montre particulièrement retorse et méchante, en attisant la colère pitoyable du pauvre Ajax. 

    10. Un personnage au choix 

    Mon choix porte sur Perceval le Gallois, chevalier de la Table ronde, pour lequel j'ai une certaine tendresse. Il est en particulier le personnage central de Perceval ou la quête du Graal de Chrétien  de Troyes.

    Si je n'avais pas déjà choisi Ajax pour ce rôle, j'aurais pu inviter Perceval en tant que personnage sous-estimé, car Perceval est souvent perçu comme un idiot, aspect sur lequel la série télévisée Kameloot a récemment fortement joué. 

    Perceval n'est pas idiot, il est seulement très naïf et candide. Il est surnommé parfois, dans les versions médiévales, Perceval le nice. A l'origine, ce mot signifiait "sorti du nid" et qualifiait le petit faucon pris au nid. Employé au sens imagé pour qualifier une personne sans expérience et par conséquent naïve, il a pris rapidement (dès le 13e siècle) le sens de 'sot'. De là dérive notre moderne 'niais'. 

    Perceval, fils de roi ou de chevalier selon les versions, est le dernier d'une fratrie de chevaliers tous morts au combat. Pour le préserver du sort de ses frères, sa mère l'élève au milieu d'une forêt, dans l'ignorance de ses origines et loin de tout contact avec la chevalerie. Ce qui fait qu'en plus d'être naïf et ignorant, Perceval a un côté rustre ou rustique qui colle à son personnage.

    Mais un jour, le jeune Perceval rencontre en pleine forêt cinq chevaliers. Ébloui par leurs armures brillantes, Perceval les prend d'abord pour des anges et les suit, fasciné, à la cour du roi Arthur. Il devient lui-même chevalier et rejoint les chevaliers de la Table ronde.  Il se lance dans la quête du Graal, qu'il manque de peu et dont la recherche l'obsède. 

    J'admire chez Perceval son caractère entier, et sa droiture. 

     

     


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